En Côte d’Ivoire, la culture ne se contente plus de faire de la figuration. En 2025, elle s’impose comme un levier stratégique, mêlant patrimoine, modernité et soft power. Mais derrière le vernis des grands festivals et des projets futuristes, les chantiers restent nombreux. Le pays avance, mais sur un fil.
Du FICAD à Daoukro au FEMUA d’Anoumabo, la scène culturelle ivoirienne affiche une vitalité indiscutable. Avec plus de 100 000 visiteurs, le FICAD a soufflé ses 20 bougies sous le thème de la diversité culturelle. Pendant ce temps, le FEMUA, piloté par Magic System, a fait vibrer Abidjan et Daloa avec des concerts géants et un discours fort : sensibiliser la jeunesse sur la sécurité routière. À Cocody, le Festival Abidjan Arts et Culture a tenté un pari audacieux : marier tradition et innovation numérique.
Ces événements marquent une montée en puissance du secteur, soutenue par un public avide d’expression artistique. Mais cette effervescence ne doit pas masquer les carences de fond.
Sous la houlette de Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie, l’État ivoirien veut muscler sa politique culturelle. Discours volontariste, projets innovants, partenariats internationaux : l’agenda est chargé. L’année 2025 est annoncée comme celle de la « structuration, de la professionnalisation et de l’inclusion ».
En ligne de mire : la Cité de l’Innovation et de la Culture, symbole d’un nouveau souffle créatif ; ou encore le Parc des Expositions d’Abidjan, aujourd’hui la plus grande plateforme événementielle de la sous-région, avec plus de 80 manifestations en deux ans. Mais entre les ambitions ministérielles et la réalité du terrain, le fossé reste palpable.
Patrimoine : entre restitutions symboliques et mémoire collective
Sur le front du patrimoine, la restitution du Djidji Ayôkwé, le mythique "tambour parleur" saisi en 1916 par la France, fait figure de victoire diplomatique. Actuellement exposé à Abidjan en attendant son retour définitif, il incarne une bataille mémorielle plus large : celle de la décolonisation culturelle.
Mais au-delà des symboles, la préservation du patrimoine reste fragile, souvent confrontée au manque de moyens, à l’urbanisation sauvage et à la désaffection des jeunes générations.
Abidjan, capitale culturelle de fait, voit émerger une nouvelle garde artistique. La gastronomie ivoirienne explose, fusion entre cuisine locale et techniques occidentales dans des établissements comme Saakan ou La Fourchette de Rōze. Les arts numériques, eux, s’installent peu à peu dans le paysage, portés par des festivals qui veulent reconnecter tradition et technologie.
Mais ce foisonnement peine à s’inscrire dans un écosystème pérenne. Les artistes dénoncent régulièrement le manque d’accès aux financements, l'absence de statut professionnel clair, et la difficulté à percer hors des circuits informels.
Une dynamique prometteuse, un virage à ne pas rater
La culture ivoirienne a indéniablement pris un tournant. Entre festivals XXL, grands projets d’infrastructures et reconnaissance internationale, elle occupe désormais une place stratégique dans le récit national. Mais la vitrine ne suffit pas. Il faut du fond, des politiques cohérentes, un accompagnement sérieux des acteurs, et surtout, une volonté de bâtir sur le long terme.
Le risque ? Voir cette renaissance culturelle s’étioler, faute de socles solides. La Côte d’Ivoire culturelle avance vite. Reste à savoir si elle court vers un modèle durable ou vers un mirage éphémère.
King Foroto
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