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En Afrique, et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, l’héritage familial devient trop souvent un champ de ruines pour les véritables ayants droit : la veuve et les enfants du défunt. Une injustice criante, enveloppée dans le manteau moisi de la tradition.

À l’exception notable des épouses légalement mariées devant l’état civil, et encore, ce n’est qu’un bouclier fragile, des milliers de femmes, après la mort de leur conjoint, se retrouvent à la rue, dépossédées de leurs biens, de leur toit, parfois même de leurs vêtements. Tout cela, au nom d’us et coutumes détournés pour servir les intérêts d’héritiers sans scrupules.

Les enfants du défunt, quant à eux, sont confiés, sur le papier, à un “tuteur” ou “héritier principal”. En réalité, ils deviennent des fantômes dans la maison paternelle, alors que les biens du disparu, terres, maisons, plantations, comptes bancaires, sont accaparés et dilapidés au profit des enfants du fameux tuteur. Les orphelins, eux, sombrent dans la misère, l’abandon scolaire, ou pire encore.

Prenons l’exemple d’Aïcha, jeune veuve de 36 ans, chassée de la maison familiale à Yopougon moins d’un mois après le décès brutal de son époux, malgré vingt ans de vie commune et trois enfants. “Ses frères sont venus, ont dit que je n’étais qu’une concubine. Ils ont tout pris : la voiture, les papiers, les meubles…”, confie-t-elle, les larmes pleins les yeux. Aujourd’hui, elle survit en vendant des beignets au bord de la route.

Combien d’enfants ainsi sacrifiés sur l’autel de la cupidité familiale ? Combien de femmes réduites à l’errance...

Ou celui de Jean-Pierre, adolescent de 14 ans à Man, privé de scolarité après la mort de son père. Son oncle paternel, désigné héritier coutumier, a vendu la plantation de cacao pour payer les études de ses propres fils à l’étranger, tandis que Jean-Pierre et sa petite sœur mendient parfois de quoi manger.

Combien d’enfants ainsi sacrifiés sur l’autel de la cupidité familiale ? Combien de femmes réduites à l’errance par la complicité silencieuse d’une société qui prêche l’unité familiale mais tolère le pillage domestique ?

Il est temps de briser cette chaîne d’hypocrisie et de poser une question essentielle : de quelle tradition parle-t-on quand elle produit des orphelins affamés et des veuves sans abri ? Les coutumes ne doivent pas être des instruments d’oppression. Elles doivent évoluer, se moraliser, et protéger les plus vulnérables.

La loi ivoirienne a encore bien du chemin à faire pour s’imposer dans les villages et jusque dans les familles. En attendant, chaque décès devient une loterie cruelle, où les plus faibles paient le prix fort.

Par Gervais Djidji

 

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Héritage en Côte d’Ivoire : quand la veuve et les orphelins sont spoliés avec la bénédiction de la tradition
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