À Sahuyé, l’un des foyers emblématiques du DIPRI, cette traditionnelle s’est ouverte la veille, lundi 19 mai 2025 dans une ambiance partagée entre recueillement spirituel et liesse populaire.Dès la fin d’après-midi, les familles ont convergé vers le cimetière. Sur les tombes des défunts, les aînés ont fait des libations et murmuré des prières. Pebdant lesquelles implorent les ancêtres d’intercéder auprès du Créateur pour obtenir la santé, la prospérité et la paix. Mais ce moment solennel porte aussi une forme de justice spirituelle : si un membre de la famille ou un individu quelque nourrit des intentions néfastes envers les siens, on invoque les mânes pour qu’il soit puni de ses propres désirs. Ceci peut continuer jusqu’à tard dans la nuit pour les retardataires.
À la tombée de la nuit, l’atmosphère change. La gare du village, épicentre de la vie nocturne, vibre au son des enceintes saturées des maquis en plein air. On y vient pour danser, manger du poulet ou du poisson braisé, et faire la fête jusqu’à l’aube… ou presque. Car à 3 heures du matin, le Chef de Terre, gardien des traditions, met un terme à la "bamboula" en sifflant la fin des réjouissances. Nul n’entre plus dans le village après minuit : la clôture est symbolique, presque sacrée.
À l’aube du jour J, les anciens reprennent les libations. Les femmes, quant à elles, s’activent à la cuisine : le foufou d’ignames accompagné de sauce au poulet embaume les ruelles. Pendant ce temps, les initiés, figures centrales du Dipri, partent en silence vers la rivière sacrée. Là, dans le mystère de l’eau et des prières, ils rendent hommage aux esprits. Certains, dès leur retour, entrent en transe, submergés par la ferveur mystique.
C’est vers 10h que la fête démarre. Timidement. Sur la place publique, commence une procession pour dire aux invités et ceux qui traînent encore que la fête démarre. Mais, l’excitation prend le dessus. Alors, un initié se frappe le ventre à plusieurs reprises avec un couteau avant de refermer lui-même la plaie. Le sang coule, les chants en langue baoulé, incompréhensibles, même pour ceux qui les prononcent, s’élèvent dans l’air. Le public, fasciné ou terrifié, assiste à ce ballet de couteaux et de transes. Certains détournent le regard, d’autres restent figés, au premier rang, entre effroi et admiration.
Plus tard dans l’après-midi, vers 16h, place aux "challenges". Devant les cours des familles dédiées, un tambour retentit. Sur des chaises, les photos des défunts veillent. L’esprit de défi entre les quartiers s’intensifie : les initiés parcourent le village de long en large, dans une sorte de marathon rituel où l’épuisement devient offrande. Il n’est pas rare de les voir quémander un peu d’eau au passage.
Enfin, à 18h, l’heure de la clôture sonne. Les initiés des quartiers du Haut et du Bas se rejoignent à la gare. Ensemble, ils forment une procession solennelle en direction du lieu d’enterrement de l’Ambra, figure symbolique du mal et des tensions de l’année. L’objet est lancé en l’air une dernière fois, et sa chute marque la fin du Dipri.
Mystique, intense, parfois déroutant, le Dipri est bien plus qu’un simple festival : c’est un rendez-vous entre les vivants et les morts, une quête de purification et d’unité, un miroir sanglant mais sacré de l’âme Abidji.
Par Gervais Djidji
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